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La femme à la roulotte


Connaissez-vous ce sentiment de trop plein ? Celui qui vous submerge, vous chahute, vous écrase ? Trop de pensées, trop de bruit, trop de gens, trop de sollicitations et plus aucun espace de respiration. Alors oui on arrive à trouver par-ci par-là, un petit moment, mais qui ne vient largement pas combler et rééquilibrer nos besoins.


Moi je le connais bien depuis un certain temps. Mais je continuais. Pour montrer que j’y arrivais. Pour montrer que j’étais une SuperWoman, pour être forte. Parce qu’aussi, j’avais peur du vide. Que se passerait-il si je m’arrêtais ? Est-ce que toutes les souffrances que j’essaye de contenir seraient encore plus fortes ? Et si oui, je vais sombrer totalement. Non, non, il vaut mieux que je prenne sur moi et que je continue.


Mais vous vous en doutez bien, à un moment donné, ce train de vie n’est plus possible. A un moment donné le corps dit stop. A un moment donné, vous perdez de vue qui vous êtes. A un moment donné, vous n’avez plus aucun recul et juste des sur réactions à tout qui mettent en péril vos relations.


Alors il devient vital de s’arrêter. Il m’est devenu vital de m’arrêter. De quitter tous mes rôles pendant quelques jours.


Je me suis donc louée une petite roulotte, à 2h de chez moi. Espace intime pour me retrouver. Les semaines qui ont précédées la date du départ ont été remplies de doutes. C’est la première fois que je laissais ma dernière. Partir juste pour moi, mais quelle ineptie. Tu vas où, pourquoi faire ? Euh ben, je pars seule et je ne vais rien faire… non je ne vais pas travailler… non je ne vais pas faire un stage… malaise. C’est tellement peu commun, peu admis dans la société, surtout quand je suis maman de 4 enfants et que j’ai un compagnon.


Mais j’ai quand même réussi à partir. Mes bagages dans la voiture. Déposer les grands chez leur père, déposer la moyenne chez mamie et déposer la dernière chez l’autre mamie. Ca y est, je ne suis plus que moi…


Le trajet en voiture a un goût de liberté. J’observe les paysages. Je me sens touchée par les forêts que je traverse. Je laisse mes pensées vagabonder.


Mon GPS m’indique que j’arrive dans 3 minutes et me fait tourner à gauche, petite route qui semble aller se perdre dans la forêt. J’avance et la route débouche juste de l’autre côté de la forêt sur un hameau. La route monte et je me retrouve devant le portail ouvert d’un château. J’hésite, mais il n’y a rien d’autre et le GPS m’indique que je suis arrivée. Je m’avance le long de l’allée et oui, je suis bien arrivée, la roulotte est là, posée dans le parc du château ! Un magnifique parc arboré et paisible.

Je suis accueillie chaleureusement et je découvre cet espace qui sera le mien dans les prochains jours. Un lit, un frigo, un évier, une petite table, parfait. Je déballe mes affaires et m’installe sur le lit. Duquel je ne bougerai pas pendant les heures qui ont suivies. Je me sens bien dans cet environnement, pas de WIFI, mais 4G sur le téléphone. Je ne pourrai pas faire une partie des choses que je voulais faire… pas grave je ferai avec. J’ai de quoi lire, écrire et créer ! J’ai du scotch aussi pour afficher sur les parois de la roulotte mes pensées, mes réflexions, mes inspirations et voir où tout cela me mènera.


Mon besoin est de me recentrer, de me retrouver, de revenir à l’essentiel et de poser les bases de la suite de ma vie.


Magazines, colle, ciseaux, un premier tableau de vision se matérialise, aussitôt scotché sur la paroi à ma gauche.


La nuit est tombée, je mange un morceau, regarde un film et j'éteins pour m'endormir. Mais c'est là que ça devient marrant, enfin marrant… Au moment où la lumière est éteinte, plein de bruits s'éveillent au-dessus de moi : des papillons de nuit par dizaine ont envahi la roulotte ! Et j'ai bien sûr une phobie des insectes qui volent tout près de moi ! Respire, respire… je suis seule, personne pour m'aider. Trouver des solutions. Je ne peux pas les faire sortir, car si j'ouvre d'autres vont rentrer. Je ne peux pas dormir avec eux, ça fait beaucoup trop de bruit… une seule solution, me mettre en chasse (à contre cœur mais pas le choix). Armée d'un magazine plié en 3 c'est parti… Quand je pense avoir fini, et installé la moustiquaire, j'éteins de nouveau la lumière… et ça recommence ! Comment c'est possible ?!! Je comprends qu'en bougeant pendant ma chasse, la roulotte a tangué et la porte s'est réouverte ! Donc rebelote, chasse de nouveau… il est 1h30 du matin et ça y est je peux m'endormir sereinement… Quelle aventure !

Le lendemain, après cette petite nuit, je me réveille dans ce parc charmant, que c'est beau. Je me motive pour aller me balader en forêt. Une carte dans la roulotte, un petit tour de 30 minutes tout facile. Je prends la route, je suis la carte. Et le GPS m'indique que j'ai loupé la bifurcation à droite. Qu'à cela ne tienne je vois que la prochaine intersection rejoint le chemin initial, c'est tout bon. Je tourne donc à droite, mais rien de rien ne se passe comme prévu. Je n'arrive pas à rejoindre le chemin, je suis obligée de couper à travers une forêt à la végétation dense. J'avance, je me baisse, je me faufile, je m'accroche, je dérape une fois, deux fois, trois fois. Mais bon sang ! C'est quoi le message ?! Je me relève, j'avance et enfin, je rejoins le chemin. Deux choix s'offrent à moi : le suivre pour faire le tour que j'avais planifié ou redescendre vers la route. Allez je vais suivre le chemin… et bien croyez le ou non, au bout de quelques mètres c'est de nouveau impraticable, et je capitule. Je prends la direction de la route et je rentre à la roulotte. 1h30 d'une espèce de Koh-Lanta privé. Je suis rincée, boueuse et affamée. Décision prise : je vais me reposer pour les prochains jours !


Les deux premiers jours ont eu leur lot de péripéties mais dans l'ensemble je me sentais plutôt bien.


A l'aube du troisième jour, après une nouvelle nuit papillons/insomnies, ça ne va pas. Grosse crise d'angoisse, je ne sais pas quoi faire de moi. Je peux tout faire. Je peux faire ce que JE veux… et c'est bien ça le problème… qu'est-ce que je veux pour moi ? Alors je me pose sur le lit, dans une espèce de léthargie, le cerveau sur off. Le temps passe sans conscience… et 4h plus tard, c'est comme si j'émergeais. Vous savez comme quand on est en apnée, qu'on remonte à la surface et qu'on prend une grande inspiration. Mon corps se remet en mouvement, je sors devant la roulotte, sur un transat à l'ombre du noyer.

Et un souffle de vie m'envahit. Je me mets à écrire. Les mots viennent tout seuls, le Flow s'invite. Et j'arrive enfin à voir ce que je cherchais depuis quelques mois. Du vide, de ce moment de vraie pause, de pause sans rien m'imposer, naît le plein, le beau, l'essence, l'enthousiasme. Tout à coup je peux entendre. Tout à coup, je n'ai qu'à suivre. Ces moments sont si précieux.


Alors voilà, je suis devenue la femme à la roulotte pour quelques jours. J'y ai retrouvé une partie de mon authenticité et de ma joie. J'ai rassemblé les pièces de mon puzzle et Inch Allah à ce que la vie me présentera. Je suis prête.


Emeline - Chamalune Août 2021

www.chamalune.com



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